Laisser passer la lumière

Prédication de la célébration œcuménique à l’église Saint Joseph – 18 janvier 2026

Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

Matthieu 5, 13-16

« Vous êtes la lumière du monde » dit Jésus dans son sermon sur la montagne

Il ne dit pas : devenez.
Il ne dit pas : efforcez-vous.
Il ne dit pas : un jour, si tout va bien.

Il dit : vous êtes.

Et cette parole, il la prononce à un moment précis.
Juste après les Béatitudes.
Après avoir parlé de celles et ceux qui pleurent.
De celles et ceux qui ont faim et soif de justice.
De celles et ceux qui sont doux, miséricordieux.
De celles et ceux qui sont persécutés.

Quand Jésus dit « Vous êtes la lumière du monde, vous êtes le sel de la terre », il ne s’adresse pas à des gens forts, sûrs d’eux, irréprochables.
Il ne parle pas à une élite spirituelle. Il parle à des femmes et des hommes traversés par la fragilité, par la fatigue, par l’inquiétude parfois.

Et c’est à eux qu’il dit : Vous êtes la lumière du monde.

Toutes et tous. Personne n’est exclu. Personne n’est disqualifié. Personne n’est « pas à la hauteur ». La lumière n’est pas une récompense. Elle est donnée.

Célébration oecuménique du 18 janvier 2026 à l'église Saint Joseph

Du prophète Ésaïe, nous avons entendu tout à l’heure une autre parole sur la lumière (Esaïe 58, 6-11). Ésaïe proclame ce qui plait à Dieu, ce qu’il attend de son peuple. Et il ne parle pas de rites impeccables ou de pratiques religieuses parfaites. Il parle de personnes relevées, de liens renoués, de liberté retrouvée.

Il dit : partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore.

Autrement dit : la lumière de Dieu ne brille pas au-dessus du monde, elle jaillit dans le monde. Là où la vie est rendue possible. Là où la dignité est restaurée. Là où l’on ne détourne pas le regard. Cette lumière dont la Bible nous parle tant n’est jamais détachée du réel. Elle est là, dans ce monde et dans nos vies.

Nous ouvrons aujourd’hui la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Un rendez-vous annuel, préparé, attendu. Une célébration que nous nous réjouissons de vivre ensemble, année après année.

Est-ce qu’on a encore besoin de cette célébration œcuménique du mois de janvier ? Avec tout ce que nous faisons ensemble tout au long de l’année ?

Oui bien sûr.
Déjà, elle s’inscrit dans un mouvement mondial. Cette semaine, les chrétiens du monde entier se rassemblent, célèbrent ensemble, prient pour notre unité.

Et puis, l’unité des chrétiens n’est jamais acquise une fois pour toutes. Elle est un chemin. Un chantier. Un travail patient.

Ici, à Haguenau, nous pouvons rendre grâce pour tout ce que nous vivons déjà ensemble, catholiques et protestants.
Pour les projets communs, les temps partagés, la confiance qui s’est construite au fil des années. C’est précieux.

Mais ce n’est jamais terminé. Nous pouvons toujours aller plus loin.

Ce matin je pense aux autres Églises chrétiennes de notre ville qui ne sont pas présentes avec nous ce matin, et qui pourtant croient au même Seigneur, confessent la même foi, et espèrent la même espérance.

Je pense en particulier à nos frères et sœurs des Églises évangéliques. Nous pouvons les inclure, eux aussi, dans notre prière pour l’unité. Et travailler à ce que bientôt nous puissions célébrer tous ensemble notre seul Seigneur.

L’unité, c’est quoi ? L’unité ce n’est pas l’uniformité.
L’unité des chrétiens ce n’est pas un effacement de nos différences.
C’est une communion visible, une manière d’être ensemble
qui rend crédible l’Évangile que nous annonçons. Cette lumière nous voulons révéler dans ce monde.

Ce travail de l’unité des chrétiens, il nous interpelle aussi au cœur de nos propres communautés. Avec les paroisses qui nous entourent et qui font partie de la même Église. Et même à l’intérieur de chacune de nos paroisses.
Car là non plus, l’unité n’est jamais acquise. Elle se construit, elle se travaille, elle se soigne. Dans nos paroisses, nos groupes, nos manières d’être ensemble. Si nous voulons être crédibles au cœur de ce monde.

Comment les chrétiens pourraient-ils être lumière du monde s’ils sont divisés ? L’unité n’est pas un supplément d’âme. Elle fait partie de notre témoignage. Elle dit quelque chose de la lumière que nous prétendons porter dans ce monde.

Célébration œcuménique 2026

Ce monde est traversé par tant d’obscurité : Le bruit de la guerre. Les violences. Les peurs pour l’avenir. Les fractures qui s’accentuent.

Parfois, c’est comme un black-out. Quand la parole est étouffée. Quand l’information est coupée. Quand des peuples entiers sont rendus invisibles.

Aujourd’hui nous accueillons parmi nous le père Petro, aumônier militaire venu d’Ukraine. Il nous partagera tout à l’heure son témoignage. Comme une mise en lumière de ce que vivent nos frères et nos sœurs là-bas. C’est si précieux.

Ce matin, je ne peux m’empêcher de penser également à nos frères et sœurs en Iran plongés dans le silence et la peur. Et toutes ces autres zones du monde dont on ne parle pas, où la lumière est étouffée : à Gaza, au Soudan, en RDC, au Mozambique. 

Et puis il y a aussi des obscurités plus proches de nous. Des situations où la vérité est cachée, déformée, manipulée. Qui n’a jamais fait l’expérience du poids du secret, du mensonge, de ce qui reste dans l’ombre et dont on aurait tant besoin qu’il soit mis en lumière ?

Dans la Bible, la lumière n’est pas seulement ce qui rassure. Elle est aussi ce qui met en vérité.

Où est la lumière ? La Bible ne nous promet pas un monde sans nuit.

Mais elle nous rappelle ceci : c’est précisément dans la nuit que la lumière peut éclairer. Et Jésus ne dit pas : le monde deviendra lumineux et il n’y aura plus d’obscurité. Il dit : vous êtes la lumière du monde. Une lumière fragile, parfois vacillante. Une lumière modeste. Mais une vraie lumière.

Être lumière du monde, ce n’est pas d’abord faire de grandes choses. Cela commence souvent très simplement. Dans une visite rendue à quelqu’un qui va mal. Dans une présence fidèle. Dans une parole juste. Dans une manière de refuser l’indifférence. Être lumière, c’est aussi accepter de faire des choix. Dans notre manière de vivre, de consommer, de nous informer, de prendre part à la vie de la cité.

Être lumière du monde, ce n’est pas être parfaits.
C’est refuser de laisser l’obscurité avoir le dernier mot.

Quand nous avons imaginé cette célébration, avec l’équipe œcuménique, nous avons pensé à l’image du vitrail. Un vitrail, quand il n’est pas traversé par la lumière, ne montre pas grand-chose. Il est terne. Ses couleurs semblent éteintes. On a même du mal à comprendre ce qu’il représente.

Mais si une lumière vient à le traverser, tout change. Les couleurs apparaissent. Les formes prennent sens. Ce qui semblait opaque devient lumineux. Quelle belle métaphore pour nos vies !

Et un vitrail n’est jamais fait d’un seul morceau de verre. Il est composé de fragments multiples, de couleurs différentes, de formes irrégulières. Pris séparément, ces morceaux ne disent pas grand-chose. Mais assemblés, tenus ensemble, ils laissent passer une lumière qui les dépasse. Quelle belle métaphore pour notre unité !

Nos vies ressemblent à ces vitraux. Elles ne produisent pas la lumière. Elles n’en sont pas la source. Mais elles peuvent laisser passer la lumière.

Et nos Églises ressemblent aussi à ces vitraux. Différentes. Parfois fissurées. Marquées par leur histoire, par leurs sensibilités, par leurs manières propres de dire la foi.

Ces différences sont une richesse ! Vivre l’unité ce n’est pas effacer nos différences. C’est permettre à la lumière du Christ de circuler entre nous.

Quand nos Églises se laissent traverser par cette lumière,
leurs différences deviennent couleur. Elles deviennent richesse. Elles deviennent témoignage.

Alors en cette semaine de prière pour l’unité, nous pouvons recevoir cette parole comme une promesse. La lumière n’est pas à inventer. Elle est déjà là. Elle nous est confiée.
Pour traverser nos vies. Pour traverser nos Églises. Pour circuler entre nous. C’est dans cette lumière partagée, que le monde pourra entrevoir quelque chose de l’amour de Dieu. Amen.

Sophie Jung, pasteure