Une parole qui guérit
Prédication du 25 janvier 2026 – 3e Dimanche après l’Épiphanie
Matthieu 8, 5-13
Il y a des paroles qui changent la vie.
Des paroles qui bénissent. Des paroles qui consolent. Des paroles qui blessent. Des paroles qui guérissent. Des paroles qui tuent. Des paroles qui sauvent la vie.
Quelles sont les paroles qui vous ont le plus marquées ? La phrase, la question ou peut-être simplement le mot qui vous a été adressés directement ou qui vous sont parvenus et qui ont été déterminantes dans votre histoire, dans votre vie.
Il y a la façon dont nos parents se sont adressés à nous. Le nom ou peut-être le surnom qui nous a été donné. La façon dont on parlait de nous dans notre enfance. Il y a les paroles déterminantes lors de certaines rencontres de nos vies. Parce que c’est juste. Parce que ça nous touche. Parce que c’est le bon moment. Parfois ces personnes n’ont même pas conscience de l’impact de leur parole.
Il y a aussi les mots que nous lisons et ceux que nous entendons. Ceux qui ne nous étaient pas destinés personnellement mais qui nous rejoignent tellement dans la vérité de nos vies qu’ils nous transforment.
Il y a aussi des paroles qui ne concernent pas seulement une personne, mais des peuples entiers. Des paroles qui apaisent ou qui enflamment, qui ouvrent un avenir ou qui plongent des nations dans la peur.

Oui, il y a des paroles qui changent le monde, qui changent la vie. Parmi elles, pour celles et ceux qui croient, il y a la Parole de Dieu.
C’est quoi la Parole de Dieu ? Est-ce que c’est la Bible ? Oui et non. Bien sûr, dans la Bible, nous pouvons entendre la Parole de Dieu. Mais c’est avec l’aide l’Esprit SAINT. Parce que la Bible on peut aussi la lire comme un livre d’histoire, comme un traité de sagesse, etc. Et sans y entendre Dieu qui nous parle.
Entendre la Parole de Dieu, cette parole qui a le pouvoir de changer nos cœurs et nos vies, c’est se mettre à l’écoute de Dieu lui-même. Dans la lecture de la Bible mais aussi dans la prière, dans la rencontre communautaire avec nos frères et nos sœurs. Nous avons besoin de ce vieux livre parce que nous n’avons pas la chance de pouvoir croiser Jésus dans les rues de nos villages pour entendre directement sa parole.
Ce n’est pas le cas du centurion romain qui a rencontré Jésus à Capharnaüm, comme nous le rapporte le passage de l’Évangile selon Matthieu.
Un centurion, c’est-à-dire un homme qui est responsable de 100 hommes. Un centurion de l’armée romaine, c’est-à-dire, un homme qui travaillait pour l’occupant, pour l’oppresseur et qui n’était pas juif.
Ça n’a l’air de rien pour nous qui vivons la mondialisation et dans notre société multiculturelle. Mais ce n’est pas rien pour Jésus et ses disciples. Eux, ils font partie du peuple élu, mis à part, choisi par Dieu. Et en ce temps-là on pensait qu’il ne fallait pas se mélanger avec les non-juifs. Parce qu’alors ils ne seraient plus mis à part. Un juif qui entrait dans la maison d’un non juif devenait impur. Il lui fallait ensuite accomplir toutes sortes de rites pour se débarrasser de cette impureté et pouvoir réintégrer la communauté.
Ce centurion romain connaît les lois juives. Il vient voir Jésus parce que son serviteur est paralysé et souffre terriblement. C’est étonnant, en ce temps-là, qu’un homme puissant comme lui s’inquiète pour un serviteur, un esclave qui pourrait pourtant être facilement remplacé. Mais ce centurion a de l’affection pour lui. Et lui, le païen, l’étranger, est convaincu que Jésus peut le guérir.
Il comprend aussi que Jésus ne peut pas venir chez lui. Alors il prononce cette parole étonnante, humble et confiante à la fois : « Seigneur, je ne mérite pas que tu viennes chez moi, mais dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. »
Jésus est bouleversé par cette foi. Il dit : « Je n’ai trouvé une telle foi chez personne en Israël. »
Et nous aussi, nous pouvons être touchés. Car cette parole, cette confession de foi,
ne vient pas d’un disciple, ni d’un spécialiste de la Loi, ni d’un membre du peuple élu.
Elle vient d’un païen. D’un étranger.
Et pourtant, cette parole a traversé les siècles. Elle a été reçue par l’Église. Dans certaines traditions chrétiennes, elle est reprise au moment de s’approcher de la table de la Cène, comme une prière d’humilité et de confiance. Comme si l’Église reconnaissait que l’une de ses plus belles confessions de foi lui a été donnée par un étranger.
Et ce matin, dans ce culte, avant de nous approcher de la table, nous reprendrons nous aussi ces paroles du centurion. Nous les ferons nôtres. Comme une prière d’humilité et de confiance, en nous remettant simplement à la parole du Christ.
« Dis seulement une Parole et je serai guéri. »
La Parole de Dieu n’est pas une parole comme les autres. Sa Parole est créatrice de vie. A chacune et chacun d’entre nous, la Parole de Dieu dit quelque chose comme ça : Tu n’es pas le fruit du hasard. Tu es là, dans ce monde parce que je l’ai voulu. Je t’aime ! Je t’aime depuis toujours et pour toujours. Tu es mon enfant bien aimé. Je veux que tu vives, que tu choisisses la vie, que tu sois sauvé.
J’ai un plan pour toi, des projets de paix et bonheur. Je vais changer ce monde pour que vous soyez tous heureux, vous toutes mes créatures. Et je compte sur toi pour m’y aider. Rien ne peut te séparer de mon amour.
La Parole de Dieu, quand nous la recevons vraiment, quand nous la laissons toucher nos cœurs, elle change nos vies. Elle nous donne la force d’avancer, la confiance dans l’avenir, la conscience de notre valeur. Elle nous donne la vraie dignité que personne ne peut nous enlever. Elle nous donne la vraie liberté, la liberté des enfants de Dieu.
La Parole de Dieu change nos vies et à travers nous, elle peut changer la vie des autres. « Dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri ». Ce qui est bouleversant dans ce récit, ce qui me touche, c’est que celui qui est guéri n’a pas entendu la parole de Jésus. C’est le centurion qui reçoit la parole. Et son serviteur est guéri à distance. C’est la foi d’un autre qui ouvre pour lui un chemin de vie.
On le sait bien : dans un système humain, dans une famille par exemple, quand quelqu’un va mieux, les autres vont mieux aussi.
Moi, cela me fait beaucoup de bien d’entendre et de comprendre cela, cette promesse de l’Évangile : nous ne sommes jamais totalement impuissants face à la souffrance de l’autre, même lorsqu’il est loin.
Il y a tant de souffrance dans ce monde. Il y a tant de raisons d’être inquiets aujourd’hui. Et le sentiment d’impuissance peut nous gagner, au point de risquer la résignation. Mais la Parole de Dieu nous dit que non. Nous ne sommes jamais impuissants. Notre manière de vivre, notre manière de croire, notre manière d’espérer a un impact bien au-delà de nous.
Jésus donne ce centurion en modèle. Puisse-t ’il nous inspirer. Puissions-nous, comme lui, faire vraiment, pleinement, confiance en la Parole de Dieu, en sa promesse. Pour que nous soyons guéris et que beaucoup d’autres autour de nous le soient aussi. Amen
Sophie Jung, pasteure
