Suivre Jésus

Prédication du 8 mars 2026

Oculi – Luc 9, 57-62

Sur le chemin vers Jérusalem, Jésus rencontre trois personnes qui veulent le suivre. Enthousiasme, hésitation, nostalgie : ce récit nous pose une question très simple — sommes-nous prêts, nous aussi, à suivre Jésus et à regarder devant ?

« Ils étaient en chemin. » Ainsi commence le passage de l’Évangile entendu tout à l’heure

Ils étaient en chemin… mais vers où marchent-ils ?

Il s’agit de Jésus et de ses disciples. Et ce chemin n’est pas une promenade. Ils sont en route vers Jérusalem, vers la croix. Résolument nous dit l’Évangile, quelques versets plus haut. Jésus sait où ce chemin mène. Mais il y va. Il avance.

Est-ce qu’il ira seul ? Ou est-ce que d’autres vont le suivre ? C’est le sens du mot disciple. Dans l’Évangile, le disciple est celui qui marche à la suite de Jésus. Celui qui accepte de se laisser conduire. Celui qui apprend en marchant derrière lui. Au travers de ce récit, une question nous est posée : Sommes-nous prêts à suivre Jésus ?

Sur sa route, Jésus fait trois rencontres. Trois personnes croisent son chemin. Trois échanges très courts mais percutants. Mettons-nous à l’écoute de ce récit. Parce que nous pourrions bien nous reconnaître un peu en chacun d’eux.

Enthousiasme

La première personne vient d’elle-même à Jésus et lui dit : « Je te suivrai partout où tu iras. » C’est beau, une déclaration enthousiaste.

Mais Jésus, étonnamment, freine cet enthousiasme en répondant : « Les renards ont des terriers et les oiseaux ont des nids, mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête. » Autrement dit : me suivre n’a rien de confortable.

Ah bon ? Mais marcher avec Jésus, n’est-ce pas justement ce qu’il y a de plus beau dans la vie d’un croyant ? N’est-ce pas réconfortant, consolant de marcher avec lui ?

Si. Bien sûr. Dans les moments difficiles, dans les nuits de nos vies, sa présence nous accompagne. Jésus qui marche à nos côtés, c’est l’image de sa grâce : il ne nous abandonne pas. Il nous accompagne sur les chemins que nous empruntons. Il nous suit sur les chemins que nous choisissons ou qui s’imposent à nous.

Mais ici, il s’agit d’autre chose. Ce n’est pas Jésus qui nous suit. C’est lui qui nous invite à le suivre. Accepter de marcher derrière lui, c’est accepter que ce soit lui qui ouvre le chemin. Et ce chemin-là passe par la croix.

Hésitation

Jésus continue son chemin. Et vient la deuxième rencontre. Cette fois-ci, c’est lui qui appelle : « Suis-moi. » Mais l’homme répond : « Maître, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. »

La réponse de Jésus, vous la connaissez. Elle est surprenante, peut-être même violente : « Laisse les morts enterrer leurs morts ; et toi, va annoncer le Royaume de Dieu. »

Est-ce que cela veut dire que les obsèques de nos proches ne sont pas importantes ? Non, bien sûr. Dans le judaïsme de Jésus, c’est même un devoir sacré.

Mais remarquez une chose : le texte ne dit pas que le père de cet homme est mort. Peut-être même qu’il est encore vivant. Peut-être s’agit-il simplement d’une manière de dire : « Maître (je te reconnais comme Seigneur) je vais te suivre mais pas tout de suite. »

Il est pris dans ses loyautés familiales. Et il remet la décision à plus tard.

C’est intéressant que ce soit précisément cet homme-là que Jésus interpelle directement : Toi qui t’occupes toujours des autres et qui remet sans cesse à plus tard les choix qui sont bons pour toi, suis-moi ! Maintenant !

Nostalgie

Et Jésus continue son chemin. Vient le troisième personnage. Lui aussi veut suivre Jésus, mais il dit : « Permets-moi d’aller d’abord dire adieu à ma famille. »

Et Jésus répond : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas utile pour le Royaume de Dieu ». Qu’est-ce que ça veut dire ?

À l’époque de Jésus, la charrue était légère et instable. Pour tracer un sillon droit, le laboureur devait fixer un point devant lui et se concentrer sur lui.

Alors on comprend très vite que si on laboure et qu’on se met à regarder en arrière… que se passe-t-il ? La charrue dévie. Le sillon devient tordu. Et le travail inutile.

Qu’est-ce qu’on perd comme temps et comme énergie à regarder en arrière…

L’être humain n’aime pas la nouveauté. C’est pour ça qu’on retombe si souvent dans les mêmes schémas, les mêmes habitudes, les mêmes configurations relationnelles… parfois même les mêmes situations compliquées. Simplement parce que cela nous est familier.

Et notre mémoire est si sélective. C’est les fameuses marmites de viande d’Égypte. On s’accroche au passé. On l’idéalise. C’est vrai dans nos vies personnelles. Mais alors dans l’Église, c’est une maladie chronique ! C’était mieux avant, hein… Mais quand on croit ça, on n’avance pas !

Jésus, en chemin, fait donc trois rencontres.

Le premier est plein d’enthousiasme.
Le deuxième hésite et remet l’appel à plus tard.
Le troisième regarde déjà en arrière.

Enthousiasme, hésitation, attachement au passé. Ça nous ressemble, n’est-ce pas ?

Et ce qui est intéressant dans ce récit, c’est que Jésus, lui, continue sa route. Pendant que ces trois hommes hésitent, discutent, regardent en arrière, Jésus continue d’avancer. Vers cette ville où il va montrer jusqu’où il nous aime.

Liberté

Suivre Jésus est toujours une affaire de liberté. Personne n’est contraint de le suivre. Chacun est libre. Personne n’est abandonné au bord de la route. Mais Jésus ne s’arrête pas d’avancer parce que certains ne peuvent pas — ou ne veulent pas — le suivre. Le chemin continue.

Moi, ça me parle pour l’Église. Il arrive que certains hésitent. Que d’autres regardent en arrière. Que d’autres encore ne soient pas prêts à avancer. Mais on ne va pas s’arrêter pour autant. La marche vers le Royaume continue d’avancer. Quelle joie !

Nous pouvons continuer à marcher. Et continuer à appeler. Avec patience. Avec amour. Car le chemin du Royaume reste ouvert pour tous.

Labourer le champ du Royaume

Jésus parle d’une charrue, d’un champ à labourer et d’une marche vers l’avant. Dieu nous confie ce monde comme un champ dans lequel son Royaume peut grandir, peut pousser. Et pour ça, il faut des disciples qui s’engagent, qui creusent des sillons, qui plantent des graines qui grandiront et porteront des fruits : la bonté, la justice, la vérité.

        Il y a encore tellement de travail. Alors que le monde s’embrase, il y a tant à faire pour transformer les épées de ce monde en socs de charrue. Tant à faire pour que grandissent la justice et la paix. Tant à faire pour atteindre l’égalité.

Ça me donne l’occasion de mentionner que nous sommes le 8 mars aujourd’hui. Qu’est-ce que c’est que cette journée ? Ce n’est pas la « Fête des femmes ». C’est la journée internationale de lutte pour les droits des femmes. C’est pas des fleurs qu’on veut, c’est la justice.

Pour labourer ce champ, pour y faire grandir le Royaume de Dieu, il n’y a pas un seul chemin. Certains s’engagent d’une manière, d’autres autrement. C’est vrai dans notre communauté aussi, tout particulièrement en cette période. Mais l’essentiel demeure. Nous marchons à la suite du même Seigneur. Nous travaillons chacun à notre place dans le même champ. Nous appartenons au même corps.

        Cette appartenance commune, malgré nos différences, nous la vivrons encore quand nous nous rassemblerons tout à l’heure autour de la table du Seigneur. Là, nous faisons l’expérience que ce qui nous unit est plus grand que ce qui pourrait nous séparer. Nourris par le même Christ, fortifiés par le même pain, envoyés tels que nous sommes mais ensemble dans le monde.

Le Royaume de Dieu n’est pas derrière nous. Il est devant nous.

Le Royaume de Dieu n’est pas un souvenir. C’est une promesse.

Le meilleur n’est jamais derrière nous.

Le meilleur est toujours devant nous.

C’est vers lui que nous fixons nos regards. Amen.

Sophie Jung, pasteure