Quelle liberté célébrons-nous ?
Prédication du 14 juillet 2026
Que signifie être libre ? À partir des textes de Michée, des Béatitudes et de Galates 5, cette prédication explore la liberté que le Christ donne et l’espérance qu’elle ouvre pour notre monde.
Chers amis, Pourquoi sommes-nous réunis aujourd’hui ?
À première vue, la réponse semble évidente. Nous sommes le 14 juillet. C’est la fête nationale. Mais que célébrons-nous exactement ? Une date ? Un événement historique ? Une nation ? Une devise ? Ou bien quelque chose de plus profond encore ?
Chacun répondrait sans doute un peu différemment à cette question. Pour les uns, le 14 juillet évoque la prise de la Bastille. Pour d’autres, la Fête de la Fédération, un an plus tard, lorsque des milliers de Français se sont retrouvés pour célébrer leur désir de vivre ensemble.
En ce temps-là, les protestants, eux aussi, ont accueilli avec gratitude plusieurs des acquis de la Révolution. Ils y reconnaissaient des convictions profondément enracinées dans notre foi : la liberté de conscience, l’égalité devant la loi, la fin des privilèges.
Mais aujourd’hui, pour beaucoup, le 14 juillet, c’est simplement la fête de notre pays. Et s’il y a bien un jour où nous pouvons être fiers d’être français, c’est aujourd’hui. Peut-être aussi dimanche soir. On verra !
Mais à la question : « Pourquoi sommes-nous réunis aujourd’hui ? » s’en ajoute une autre : Pourquoi le sommes-nous dans une église ? Pourquoi les festivités de cette journée commencent-elles ici ? Cette année dans l’église protestante, l’année prochaine dans une autre. Pourquoi ouvrir la Bible ensemble ? Pourquoi prier ? Pourquoi chanter ?
Je vous avoue que cette question, je me la suis posée moi aussi en préparant cette célébration. Je mesure la responsabilité qui est la mienne de prendre la parole devant vous ce matin.
Je sais aussi que nous ne sommes pas tous ici pour les mêmes raisons. Certains sont des habitués de cette paroisse. D’autres découvrent peut-être ce lieu. D’autres encore sont présents parce que leur fonction les a conduits à être ici aujourd’hui.
Et pourtant, nous voilà rassemblés.
Heureux d’être ensemble.
Heureux de pouvoir rendre grâce pour notre pays, pour les libertés dont nous bénéficions, rendre grâce pour toutes celles et ceux qui se mettent au service du bien commun.
Heureux aussi d’ouvrir la Bible et de nous demander : qu’est-ce que l’Évangile peut nous dire en ce jour de fête nationale ? Comment l’Évangile éclaire-t-il ce que nous célébrons aujourd’hui ?
S’il y a un mot qui traverse toute l’histoire de notre pays depuis la Révolution française, c’est le mot « liberté ». Il ouvre notre devise républicaine. Mais c’est quoi, la liberté ?
Voilà une question immense. Les philosophes s’y sont affrontés depuis des siècles. Les juristes continuent à en débattre. C’est la mission de nos forces armées de défendre cette liberté. C’est la mission des responsables politiques de la protéger et de la faire grandir, jour après jour. Car la liberté n’est jamais définitivement acquise. Elle se construit, elle se défend, elle s’élargit parfois grâce à de nouvelles lois qui permettent à notre société de devenir plus juste. Et nous pouvons nous en réjouir.
Nous ne vivons plus dans le monde de l’Antiquité où l’esclavage était une réalité ordinaire. Nous ne vivons plus non plus dans la société de la fin du XVIIIᵉ siècle où la Révolution a éclaté. Les libertés dont nous bénéficions aujourd’hui sont incomparablement plus grandes que celles de nos ancêtres.
Et pourtant, l’apôtre Paul écrit : « C’est pour la liberté que le Christ nous a libérés. »
Et cette affirmation nous est adressée, à nous aussi, aujourd’hui encore.
De quoi parle-t-il ? De quelle liberté s’agit-il ? De quoi avons-nous besoin d’être libérés ?
C’est une question plus intime, et peut-être aussi plus dérangeante encore : Sommes-nous vraiment libres ?
Car il est possible de vivre dans un pays libre et de ne pas être libre. Certaines prisons n’ont ni murs ni cadenas.
Nous pouvons être prisonniers de nos peurs, prisonniers du regard des autres, prisonniers de nos blessures, de nos rancœurs, de notre besoin d’avoir raison, de notre désir de domination. Nous pouvons être enfermés dans une logique de méfiance, de compétition, de vengeance. La Bible proclame que c’est précisément là que le Christ vient nous rejoindre.
La liberté dont parle l’Évangile n’est pas la liberté de faire tout ce qui nous passe par la tête. Elle est la liberté de ne plus être gouvernés par ce qui nous enferme. La liberté de celles et ceux qui savent qu’ils sont aimés de Dieu, non pour leurs mérites, non pour leur réussite, mais par grâce, gratuitement.
C’est ce que l’apôtre Paul appelle ailleurs la liberté des enfants de Dieu.
Cette liberté-là, aucune Constitution, aucune loi, aucune institution ne peut la procurer. Elles peuvent protéger nos libertés, mais elles ne peuvent pas rendre nos cœurs libres.
Les chrétiens croient que Dieu le peut. C’est l’œuvre de sa grâce.
Mais l’Évangile ne s’arrête pas là. La liberté que Dieu donne n’a jamais pour but de s’arrêter à celui ou à celle qui la reçoit. La liberté que Dieu nous donne est appelée à rejoindre toujours plus largement nos frères et nos sœurs, le reste de l’humanité, jusqu’à embrasser un jour la création tout entière.
Lorsque nous accueillons dans nos cœurs la liberté des enfants de Dieu, notre regard sur les autres change lui aussi. Parce qu’alors nous ne regardons plus l’autre comme un concurrent, comme un adversaire ou comme une menace. Nous découvrons un frère, une sœur dont la dignité ne dépend pas de sa naissance, pas de sa réussite, pas de sa fonction, mais de l’amour que Dieu lui porte.
Les Béatitudes que nous avons entendues tout à l’heure dessinent justement le portrait de cette humanité nouvelle. Les artisans de paix, les miséricordieux, les doux ne sont pas des personnes faibles. Ce sont des femmes et des hommes suffisamment libres pour ne plus laisser la peur, la haine ou la violence gouverner leur existence.
Et le prophète Michée, que nous avons entendu tout à l’heure lui aussi, nous entraîne encore plus loin. Il ose annoncer un jour où les peuples transformeront leurs épées en socs de charrue, un jour où l’on n’apprendra plus la guerre, un jour où chacun habitera sous sa vigne et sous son figuier, sans que personne ne vienne l’inquiéter.
Nous savons que, dans le monde tel qu’il est, les armées, les forces de sécurité et toutes celles et ceux qui servent le bien commun accomplissent une mission indispensable. Et nous vous en sommes profondément reconnaissants. Mais justement, parce que nous sommes dans une église, nous pouvons aussi dire quelle est notre espérance. Nous croyons qu’un jour viendra où cette mission ne sera plus nécessaire. Non parce que les êtres humains auront enfin réussi, par leurs seules forces, à instaurer une paix définitive, mais parce que Dieu accomplira son Royaume. C’est l’espérance chrétienne.
En ce jour de fête nationale, nous pouvons rendre grâce pour les libertés que notre pays protège. Et nous pouvons nous engager à les faire vivre, chacune et chacun, là où nous sommes, dans la réalité de nos vies et des responsabilités qui sont les nôtres. En attendant le jour que Dieu promet. Amen.
Sophie Jung, pasteure
