Prédication du 18 octobre 2026- Marc 2, 23-28
Faut-il appliquer à la lettre tous les commandements de la Bible ? Et comment savoir ce que Dieu attend vraiment de nous ? À travers une discussion sur le sabbat, Jésus nous rappelle que les règles sont faites pour servir la vie, et non l’inverse. Une invitation à lire la Bible avec intelligence, en cherchant toujours ce qui est au cœur de l’Évangile.
Qu’est-ce que Dieu attend de nous ? C’est une question que nous nous posons régulièrement quand nous avons un choix à faire ou une décision à prendre. Parce que si nous aimons Dieu, nous avons envie de vivre selon sa volonté. Mais comment connaître sa volonté ? Nous avons la Bible, bien sûr. Nous y trouvons des commandements, des interdictions, des recommandations. Mais comment les appliquer dans notre vie ? Ce n’est pas toujours évident.
Tenez, ce matin, je suis là, du haut de la chaire, en train de prêcher, et ça ne choque personne. Enfin, je crois ! Est-ce que quelqu’un est choqué ? Pourtant, dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul écrit que les femmes doivent se taire dans les assemblées (1 Corinthiens 14,34). C’est écrit noir sur blanc. Mais savez-vous que, dans cette même lettre, Paul parle aussi des femmes qui prient et prophétisent dans les assemblées ? Et qu’ailleurs, il mentionne plusieurs femmes qui travaillent avec lui à l’annonce de l’Évangile ? Alors utiliser cette parole pour interdire aux femmes de prendre la parole dans l’Église, c’est passer complètement à côté de ce que Paul lui-même reconnaissait et encourageait. Voilà pourquoi nous interprétons les Écritures pour en retrouver le sens. Et voilà des décennies que nos Églises ordonnent des femmes au ministère pastoral. Nous ne le faisons pas malgré notre fidélité à l’Évangile, mais précisément à cause d’elle.
Une controverse autour du sabbat
Ce n’est pas nouveau. C’est justement ce qui se passe dans l’Évangile que nous avons entendu. Un jour de sabbat, Jésus traverse des champs avec ses disciples qui arrachent quelques épis pour grignoter. Ils ont sûrement faim. Et voilà les pharisiens qui protestent : « Pourquoi font-ils ce qui n’est pas permis ? » En soi, cueillir quelques épis dans un champ était autorisé. Mais un jour de sabbat, ce geste pouvait être considéré comme un travail interdit.
Or les pharisiens prennent le sabbat très au sérieux. Et Jésus aussi. Mais il commence par leur rappeler que le roi David, avait « désobéi » lui aussi. Quand il en avait besoin, il avait mangé des pains normalement réservés aux prêtres. Puis Jésus ajoute : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. »
Jésus ne leur demande pas de négliger le commandement du Sabbat. Il les invite à exercer leur intelligence pour en retrouver le sens.
Le sabbat, un cadeau extraordinaire
Et le sens du sabbat est infiniment précieux. Son institution nous renvoie d’abord au récit de la création. Souvenez-vous : le septième jour, Dieu s’est arrêté de créer. Non pas qu’il était fatigué, mais pour montrer que la vie ne se résume pas au travail. Il y a un temps où l’activité laisse place à la contemplation. Un temps pour se réjouir de ce qui existe déjà, pour recevoir ce qui nous est donné, pour être ensemble, tout simplement.
Et puis il y a une autre dimension du sabbat : celle de la liberté. Il rappelle que Dieu a délivré son peuple de l’esclavage en Égypte. Un esclave ne dispose pas de son temps. Alors, un jour par semaine, tout le monde doit pouvoir se reposer : les enfants, les serviteurs, les servantes, les étrangers, et même les animaux ! Le Deutéronome affirme que le Sabbat concerne même le bœuf et l’âne. Ils ont eux aussi droit au repos. Le jour du sabbat, toutes les créatures sont mises à égalité devant ce droit. Dieu pose une limite au pouvoir que les uns exercent sur les autres êtres vivants.
Et voyez comme ça nous parle encore aujourd’hui, des millénaires plus tard. Notre société de production et de consommation n’a plus grand-chose à voir avec celle de l’Antiquité. Et pourtant, nous souffrons de devoir être sans cesse disponibles, compétitifs, performants. Même le repos est souvent devenu un moyen de récupérer pour travailler plus efficacement ensuite !
Mais le sabbat nous rappelle que notre valeur ne dépend pas de notre productivité. Que nous avons le droit de nous arrêter, de prendre soin de notre relation à Dieu et de nos relations aux autres, sans avoir à justifier ce temps par son utilité. C’est cela aussi, la liberté des enfants de Dieu.
Le sabbat est donc un cadeau infiniment précieux de Dieu à ses créatures. Et voilà que quelques épis arrachés déclenchent une accusation ridicule à côté de la beauté de ce commandement.
À force de surveiller l’application du commandement, on peut en oublier le sens. Et voilà que ce qui devait libérer devient une règle qui enferme.
Alors Jésus remet les pendules à l’heure : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. »
Retrouver le cœur de la Parole
Et il ajoute : « Ainsi, le Fils de l’homme est maître même du sabbat. »
Jésus fait qqchose de fondamental ici : il nous renvoie à lui-même. C’est à la lumière de sa vie, de son enseignement, de sa mort et de sa résurrection que nous pouvons comprendre ce que Dieu veut nous dire dans les Écritures.
Martin Luther utilisait une image qui m’est précieuse. Quand il rencontrait un texte biblique dont il avait du mal à comprendre, il le comparait à une noix dont la coquille est trop dure à ouvrir. Cette noix, explique Luther, nous pouvons la jeter contre le rocher qu’est le Christ. Ainsi, la coquille se brisera, nous pourrons en découvrir le fruit et le savourer.
La Parole de Dieu, ce n’est pas un ensemble de prescriptions. C’est une personne : Jésus-Christ, la Parole faite chair. Les Écritures nous conduisent vers lui, et c’est lui qui nous révèle le cœur de Dieu.
Une vie attachée au Christ
Alors, qu’est-ce que Dieu attend de nous ? Avant de nous demander ce qu’il faut faire pour lui, nous pouvons regarder ce qu’il fait pour nous. Le sabbat nous apprend déjà à nous arrêter, à recevoir, à ne pas mesurer notre valeur à ce que nous sommes capables d’accomplir.
Et Jésus nous révèle quelque chose de plus grand encore : notre relation avec Dieu n’est pas une récompense pour notre bonne conduite. C’est un cadeau. Dieu vient lui-même à notre rencontre et nous offre sa grâce.
Nous pouvons nous tromper, hésiter devant des questions difficiles, faire de mauvais choix, ne plus avoir la force d’avancer. Notre fidélité est fragile, mais pas celle de Dieu. Lui ne nous lâche jamais. Notre relation avec lui ne dépend pas de nous. Elle repose sur son amour. Et rien, absolument rien, ne peut nous séparer de cet amour manifesté en Jésus-Christ.
Alors, qu’est-ce que Dieu attend de nous ? Simplement que nous avancions dans la vie avec lui à nos côtés. Que nous nous tournions vers le Christ lorsque nous avons des choix à faire, que nous laissions son amour nous guider dans nos relations avec les autres. C’est ainsi que nous apprendrons à vivre dans la justice et la fidélité. Amen
Sophie Jung, pasteure
