Il y a toute une forêt dans mon cœur

Il y a toute une forêt dans mon cœur

Prédication du 12 juillet 2026

Retour des enfants de la mini-colo

En s’appuyant sur le grand cœur réalisé par les enfants de la mini-colo, cette prédication médite sur nos joies, nos peurs, nos blessures et la présence fidèle de Dieu au cœur de nos vies.

A la mini-colo, chaque matin, il y a le « temps spi ». C’est le moment où l’on raconte une histoire biblique, où on prie et où on chante. Tout au long du séjour, nous y avons réalisé une œuvre pour s’approprier notre thème : « Il y a toute une forêt dans mon cœur ».

Les enfants vont nous l’apporter et nous allons le regarder ensemble.

Pendant quatre jours, ce grand cœur est resté affiché dans notre salle. Au début de la semaine, il était presque vide. Puis, petit à petit, nous l’avons rempli avec des soleils, des nuages, des flammes, des arbres.

Mais avant d’être un cœur rempli d’émotions, ce cœur était d’abord… une forêt puisque c’était le thème de notre mini-colo : « Il y a toute une forêt dans mon cœur. »

Pourquoi une forêt ? Parce qu’une forêt n’est jamais toute pareille. Il y a des clairières baignées de lumière. Il y a des sous-bois où l’on avance plus lentement. Il y a des ronces qui piquent, des fougères immenses, des arbres centenaires et de toutes jeunes pousses. Il y a des oiseaux qui chantent, des chevreuils qui s’enfuient, des ruisseaux qui murmurent. Il y a même du bois mort… et pourtant ce bois mort est déjà plein de vie. Il nourrit les champignons, les insectes, la mousse. Il prépare déjà la forêt de demain.

Une forêt n’est pas parfaite. Une forêt est vivante.

Et nous avons découvert cette semaine que notre cœur ressemble beaucoup plus à une forêt qu’à une maison bien rangée.

Les enfants ont écrit des petits papiers qu’ils ont collés sur ce cœur. Je voudrais vous en lire quelques-uns : « Je suis joyeuse quand je vais à la piscine », « J’ai peur des serpents », « Je suis triste quand une personne de la famille meurt », « Je suis en colère quand quelqu’un me casse quelque chose », « Je suis sereine quand je m’occupe de mon chien », etc.

Vous voyez… Ce sont des morceaux de cœur que des enfants nous ont confiés. Quel cadeau ils nous ont fait cette semaine ! Ils ont osé nous montrer leur cœur.

Et je me suis demandé… si nous avions fait le même exercice avec tous les adultes présents ce matin, à quoi ressemblerait notre grand cœur ? Quels papiers écririons-nous ? Quelles joies ? Quelles peurs ? Quelles colères ? Quelles tristesses ? Quelles paix retrouvées ? Je crois que notre cœur ne serait pas si différent.

Pendant la mini-colo, j’ai appris une expression alsacienne que je ne connaissais pas.

Quand on apprécie quelqu’un tout de suite, on dit parfois : « Sie isch mer uff’s Herz gewachse. » Littéralement : « Cette personne a poussé dans mon cœur. »

Je trouve cette image magnifique. On ne dit pas qu’elle est entrée dans mon cœur. On dit qu’elle y a poussé. Comme une plante. Comme un arbre. Comme si notre cœur était une terre vivante où quelque chose pouvait prendre racine et grandir.

Et c’est exactement cela. Notre cœur n’est pas un coffre où l’on range des émotions. Notre cœur est vivant. Il y a des joies qui grandissent. Des peurs qui s’apaisent. Des blessures qui cicatrisent.  Des pardons qui demandent du temps. Des rencontres qui prennent racine en nous. Comme une forêt, notre cœur traverse des saisons. Il y a des printemps où tout semble fleurir. Des automnes où il faut laisser tomber quelques feuilles. Des hivers où tout paraît endormi. Et pourtant, même en hiver, la forêt continue de vivre.

Les deux histoires bibliques que nous avons entendues tout à l’heure nous racontent exactement cela.

Les disciples sont au milieu de la tempête. Ils ont peur. Ils pensent qu’ils vont mourir.

Et Jésus ne leur dit pas : « Revenez me voir quand vous serez plus courageux. » Il est déjà dans leur barque. Il traverse la tempête avec eux.

Puis il y a Élie. Il est épuisé. Il n’en peut plus. Il s’endort sous un genêt et demande même à mourir. Et Dieu ne commence pas par lui faire un discours. Il lui donne à manger. Il lui redonne des forces. Puis il le conduit jusqu’à l’Horeb. Et là, Dieu n’est ni dans le vent qui arrache les montagnes, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu.

Il est dans le souffle léger du silence.

Dans les deux récits, c’est la même bonne nouvelle. Dieu ne nous attend pas seulement dans les clairières. Quand tout va bien. Quand tout est lumineux. Dieu n’a pas peur des sous-bois. Il n’a pas peur des ronces. Il n’a pas peur des tempêtes. Il vient nous rejoindre exactement là où nous sommes.

Je voudrais revenir une dernière fois sur ce grand cœur.

Jeudi matin, nous avons ajouté des fils de scoubidous dorés, la couleur qui symbolise Dieu parce que nous voulions dire quelque chose de lui.

Regardez. Il passe ici. Puis là. Puis encore ici. Il traverse un soleil. Puis une flamme. Puis un nuage. Puis un panneau de danger. Puis un arbre. Comme si Dieu traversait toute notre forêt. La joie. La peur. La colère. La tristesse. La sérénité. Comme si rien de tout cela ne lui était étranger.

La foi ne consiste pas à ne plus avoir peur. La foi ne consiste pas à ne plus être triste.

La foi ne consiste pas à toujours sourire. La foi consiste à découvrir que, dans chacune des saisons de notre vie, Dieu continue de marcher avec nous.

Et maintenant, ce cœur n’est plus seulement celui des enfants de la mini-colo. Il devient le nôtre. Parce que chacun de nous porte une forêt en lui. Les enfants. Les parents.

Les grands-parents. Les personnes qui vivent seules. Celles qui viennent ici depuis toujours. Et celles qui poussent peut-être aujourd’hui la porte de cette église pour la première fois depuis longtemps.

Nous connaissons tous des clairières où la lumière entre largement. Nous connaissons aussi des sous-bois où l’on avance moins facilement. Et pourtant, une forêt n’est jamais belle parce qu’elle est parfaite. Elle est belle parce qu’elle est vivante. Il en est de même de notre cœur.

Alors, aujourd’hui encore, le Christ nous dit la même chose qu’aux disciples dans la tempête et qu’à Élie sur la montagne : Je suis là. Je ne quitte pas ta forêt. J’y habite.

Alors oui, il y a toute une forêt dans mon cœur.

Elle est parfois lumineuse. Parfois sombre. Parfois paisible. Parfois agitée. Mais une chose demeure. Dieu habite là, avec moi. Amen.

Sophie Jung, pasteure