Prédication du 23 août 2026 – 1 Corinthiens 3,9-17
(12ème après la Trinité)
Qu’est-ce qui fait d’une choucroute, d’un bar à jeux ou d’une répétition de chorale une activité d’Église ? L’apôtre Paul nous rappelle que l’essentiel n’est pas dans la réussite de nos projets, mais dans ce que nous construisons ensemble, sur un fondement qui nous précède : Jésus-Christ.
Une choucroute d’Église ?
Qu’est-ce qui fait qu’une choucroute est une choucroute d’Église ?
À notre fête paroissiale d’octobre nous mangeons le plus souvent de la choucroute. Et nous ne sommes pas les seuls ! Il doit bien y avoir à Haguenau, un club de pétanque ou une association ou une amicale organise aussi sa choucroute.
En quoi la nôtre est différente ? Est-ce que notre moutarde est plus chrétienne que celle servie ailleurs ?
On pourrait poser la même question à propos de tout ce que nous organisons dans notre paroisse. Le bar à jeux par exemple. Qu’est-ce qui fait qu’une partie de Skyjo jouée ici est différente d’une partie de Skyjo jouée ailleurs ? Qu’est-ce qui fait qu’une répétition de la chorale est une activité d’Église plutôt que simplement une répétition musicale ? Et quand on arrange des fleurs à Partageons nos talents, en quoi c’est différent d’un cours d’art floral dispensé ailleurs ?
Un chantier qui ne nous appartient pas
Le texte prévu pour notre méditation de ce matin peut nous aider à répondre à ces questions.
Dans l’Église de Corinthe, des clans s’étaient formés. Chacun a son prédicateur préféré : « Nous, on suit Paul ! » « Non, c’est Apollos le meilleur ! » Chacun a sa manière de voir les choses et son idée de ce qu’est une bonne Église.
Et voilà que l’apôtre Paul leur répond.
Il écrit : vous êtes le champ de Dieu. Vous êtes l’édifice de Dieu. Écoutez bien ce qui revient : de Dieu.
Le champ de Dieu.
L’édifice de Dieu.
Un peu plus loin, le temple de Dieu.
Et l’Esprit de Dieu qui l’habite.
Autrement dit : l’Église n’est pas à Paul. Elle n’est pas à Apollos. Elle n’appartient pas plus au pasteur qu’au conseil presbytéral, ni aux anciens, ni aux nouveaux, pas plus à ceux qui donnent beaucoup de temps qu’à ceux qui passent deux fois par an.
L’Église est un chantier qui ne nous appartient pas.
« Personne ne peut poser un autre fondement que celui qui est déjà en place : Jésus-Christ », dit Paul.
Avant nos projets. Avant nos bonnes idées. Avant nos erreurs. Avant nos réussites. Avant même que nous ayons posé la première pierre. Il y a Jésus-Christ.
De l’or, de la pierre… et parfois de la paille
Puis Paul continue avec une drôle de liste de matériaux. Sur le fondement, dit-il, on peut construire avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin ou de la paille.
Et un jour, le feu passera.
L’image est rude. Mais nous savons bien que tout ce que nous construisons ne restera pas.
On est parfois très fiers de choses qui disparaissent complètement quelques années plus tard. Et à l’inverse, il y a de toutes petites choses, une parole, un geste, qu’on remarque à peine mais qui marquent pour longtemps.
Le feu éprouvera tout cela, dit Paul. Il distinguera la paille de l’or.
Je ne suis pas ce que j’ai réussi
Et puis vient une phrase extraordinaire :
« Si l’œuvre de quelqu’un brûle, il perdra son œuvre ; lui-même sera sauvé. »
Lui-même sera sauvé.
C’est une pépite dans ce texte : mon œuvre et moi ne sommes pas la même chose.
Je ne suis pas ce que j’ai réussi. Et je ne suis pas non plus ce que j’ai raté.
Il y a des choses dans nos vies dont nous sommes fiers. Et d’autres que nous aurions aimé faire autrement.
Paul ne dit pas : c’est pas important ! Il dit : ça passera au feu.
Mais toi, tu n’es pas la paille qui brûle.
Ton salut ne repose pas sur la solidité de ce que tu as réussi à construire.
Parce que le fondement était là avant toi : Jésus-Christ.
Et voilà une définition de la grâce : nos œuvres comptent, mais elles ne nous sauvent pas. Nos échecs comptent aussi, mais ils ne nous condamnent pas.
On peut construire. On peut essayer. On peut même nous tromper. Le roseau peut ployer, la mèche peut vaciller : Dieu ne les achève pas.
Parce que notre salut ne repose pas sur notre capacité à réussir le chantier.
Le temple
Puis l’apôtre Paul continue :
« Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira. »
Paul change de ton. Parce qu’il y a une différence entre mal construire et détruire.
On peut rater une activité. On peut avoir une idée qui ne fonctionne pas. De la paille. Tant pis.
Mais il y a quelque chose de beaucoup plus précieux que nos projets : les personnes avec lesquelles nous construisons.
« Vous êtes le temple de Dieu », écrit Paul. Ce « vous » est au pluriel.
Il dit aux Corinthiens, à ces gens qui se disputent, qui forment des clans : Vous. Ensemble. Vous êtes le temple de Dieu. Dieu a choisi d’habiter là.
Pas quand vous serez enfin tous d’accord. Maintenant.
Alors attention à ne pas le détruire.
Et voilà que je reviens à notre choucroute. Qu’est-ce qui fait qu’une choucroute est une choucroute d’Église ?
Pas la recette. Pas non plus le fait d’ajouter une prière au début. Quelques mots religieux ne transforment pas miraculeusement une activité ordinaire en activité chrétienne.
La bonne question à poser, c’est : qu’est-ce que nous sommes en train de construire ?
La choucroute peut être ratée. Trop cuite ou pas assez. Servie froide ou que sais-je. Mais si quelqu’un qui ne connaissait personne a trouvé une place à table, si nous avons parlé, ri, écouté, fait grandir notre amitié, alors c’est réussi. Dans dix ans, on dira : « Tu te souviens la choucroute cette année-là ? Qu’est-ce qu’elle était mauvaise ! Mais qu’est-ce qu’on était heureux d’être ensemble ! »
Et c’est vrai pour tout ce que nous faisons. Le bricolage peut être moche. La chorale peut complètement rater son entrée. On peut se retrouver à 4 au bar à jeux alors qu’on avait préparé pour 20.
C’est pas grave ! La question, c’est : qu’est-ce qu’on est en train de construire ensemble.
Est-ce qu’on se rencontre ? Est-ce qu’on apprend à se connaître ? Est-ce qu’on fait une place à celui qui arrive ? Est-ce qu’on prend soin les uns des autres ?
Et ça vaut aussi pour nos célébrations. On peut se rassembler pour prier ensemble, écouter la Parole de Dieu, chanter des cantiques, et pourtant repartir sans avoir vraiment rencontré celui qui était assis à côté de nous. On peut célébrer Dieu ensemble et oublier de prendre soin les uns des autres. On peut même parler de Dieu et, en même temps, abîmer le temple de Dieu.
Alors, de tout ce que nous construisons ensemble, qu’est-ce qui restera ?
Qu’est-ce qui restera ?
Nous ne savons pas ce qui restera de tout ce que nous faisons aujourd’hui.
Dans vingt ans, certaines de nos activités auront disparu. D’autres auront changé. Certaines choses auxquelles nous tenons énormément seront complètement dépassées.
Du bois. Du foin. De la paille.
Et c’est pas grave. Parce que l’Église ne tient pas par la solidité de nos projets.
Elle tient sur son fondement: Jésus-Christ.
Et sur ce fondement, Dieu nous confie les uns aux autres.
Alors construisons. Essayons. Inventons. Chantons. Prions. Jouons. Mangeons même de la choucroute.
On va se tromper. On va faire des trucs qui ne servent à rien et qui disparaîtront. Pas grave.
Mais au milieu de tout ça, il y a quelque chose d’infiniment précieux : cette communauté faite de personnes différentes, imparfaites, parfois fatigantes, parfois merveilleuses, que Dieu a pourtant choisie comme demeure de son Esprit.
Car nous ne sommes pas sauvés parce que nous aurons parfaitement construit. Nous sommes sauvés parce que le fondement sur lequel nous reposons tient.
Et ce fondement, c’est Jésus-Christ. Amen.
Sophie Jung, pasteure
