Dieu nous appelle par notre nom

Prédication du 6 septembre 2026 – Luc 19, 1-10

(14ème dimanche après la Trinité)

Tout le monde connaît Zachée, mais qui le connaît vraiment ? Alors que la foule l’enferme dans sa réputation, Jésus lève les yeux et l’appelle par son nom. Une rencontre qui nous rappelle que Dieu nous connaît tout entiers, sans jamais nous réduire à nos erreurs, et que sa grâce peut transformer nos vies.

— Ah ! Regardez qui va là.

— Qui ça ? Le petit, là ?

— Bah ouais, tu ne le reconnais pas ? Qu’est-ce qu’il fait là ?

— Moi, je me méfie de lui. Avec le métier qu’il fait…

— Et vous avez vu sa maison ? C’est pas la maison de qqun d’honnête ça…

— L’autre jour, il m’a regardé de travers.

— T’es sûr ?

— Bah, en tout cas, il ne me regarde jamais dans les yeux.

— Moi, je l’ignore. C’est ce qu’il y a de mieux à faire.

— Ouais, et regardez-le maintenant. Il a grimpé dans un arbre. Franchement ridicule.

Qu’est-ce qu’on disait de Zachée dans les rues de Jéricho ce jour-là ? L’Évangile ne le raconte pas. Mais les gens parlaient de lui. On le sait parce que, lorsque Jésus va chez lui, tous critiquent Jésus : « Cet homme est allé loger chez un pécheur ! »

Oui Zachée, tout le monde le connaît.

C’est un collecteur d’impôts, quelqu’un qui vient prendre l’argent des gens pour le donner à l’occupant romain. Et on disait qu’il s’en mettait dans les poches au passage. Tout le monde déteste les collecteurs d’impôts en ce temps-là. Et Zachée, en plus, il est le chef des collecteurs d’impôts.

Tout le monde connaît Zachée et personne ne l’aime. Et ce n’est probablement pas pour rien. À la fin du récit, il nous apprend lui-même qu’il y a des choses dans sa vie à regarder en face, des torts à reconnaître, des injustices à réparer.

Ce que les gens savent de lui n’est pas faux.

Seulement voilà, on peut savoir des choses vraies sur quelqu’un et pourtant ne pas connaître cette personne.

On a tous déjà fait cette expérience. On a vu ou on a entendu quelque chose de la vie d’une personne. Une dimension de son existence, un morceau de son histoire qu’on nous a raconté, son attitude à un moment précis, ce jour-là : il s’est comporté comme ça. Et voilà que nous finissons par croire que nous savons qui est cette personne.

Et bien sûr, on fait aussi l’expérience dans l’autre sens. Combien de fois est-ce qu’on entend les autres parler de nous et on a envie de dire :

« Mais n’importe quoi, les gars ! C’est pas moi, pas du tout, je ne suis pas comme ça. Il vous manque quelque chose. Il vous manque tout ce que vous ne voyez pas. »

La foule connaît beaucoup de choses sur Zachée, mais est-ce que dans cette foule il y a quelqu’un qui connaît vraiment Zachée ?

L’Évangile nous dit que lui, en tout cas, « cherchait à voir qui était Jésus ». Mais comme il est trop petit pour voir par-dessus la foule, il court en avant et grimpe dans un arbre.

Et voilà que Jésus passe sous cet arbre. Qu’il s’arrête et qu’il lève les yeux vers lui.

« Zachée »

Et Jésus lui dit : « Dépêche-toi de descendre, Zachée, car il faut que je loge chez toi aujourd’hui. » Zachée voulait voir Jésus. Mais voilà que c’est Jésus qui le voit.

Et surtout, il l’appelle par son nom.

Pas « le collecteur d’impôts ». Pas « celui avec la grosse baraque ». Pas « toi, le petit, là-haut ».  Mais « Zachée ».

Et voilà la différence avec la foule. La foule parle de Zachée. Jésus parle à Zachée, comme il parle à chacune et chacun d’entre nous.

Car Dieu nous connaît. Il nous connaît vraiment.

Et quelle bonne nouvelle !

Dieu nous connaît infiniment mieux que tous les autres qui parlent de nous, et même infiniment mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes. Il sait ce que nous montrons et ce que nous cachons. Il connaît ce dont nous sommes fiers et ce que nous préférerions oublier, nos réussites et nos échecs, notre courage et nos lâchetés, nos blessures et nos fautes. Il nous connaît tout entiers.

Et pourtant, il y a cette grâce vertigineuse : Dieu nous connait vraiment et pourtant il ne nous réduit jamais à ce qu’il connaît de nous.

Pour lui, nous ne sommes jamais seulement une catégorie, une fonction, une réputation, un morceau d’histoire. Nous sommes une personne qu’il connaît et qu’il appelle par notre nom.

Reconnu et reconnaissant

Jésus lève les yeux et dit : « Zachée. »

Et qu’est-ce qu’il ajoute? Non pas : « Rends l’argent que tu as pris. Change de métier. Montre-moi que tu mérites que je m’intéresse à toi. Montre-moi que tu as compris tes erreurs ».

Non.

Il lui dit simplement : « Il faut que je loge chez toi aujourd’hui. »

Et Zachée descend de son arbre et reçoit Jésus chez lui, tout joyeux.

Qu’est-ce qui se passe entre eux ? On ne le sait pas non plus. Mais nous savons qu’après avoir été vu, après avoir été appelé, après avoir été rejoint par Jésus, Zachée se lève et il dit : « Écoute, Maître, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai pris trop d’argent à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois autant. »

En fait, Zachée a été reconnu. Et voilà qu’à son tour, il devient capable de reconnaître.

Reconnaître ce qu’il a reçu : la présence de Jésus chez lui, cette grâce qui lui a été faite.

Mais reconnaître aussi ce qu’il doit aux autres, les injustices qu’il a commises et qu’il lui faut réparer.

Oui, Dieu nous connaît et il nous aime. Mais ça ne signifie pas que ce que nous faisons n’a pas d’importance. Au contraire.

La grâce de Dieu nous libère. Elle nous libère suffisamment pour que nous puissions regarder notre vie en vérité, telle qu’elle est, sans avoir besoin de nous défendre tout le temps, mais sans avoir besoin non plus de nous condamner.

Et voilà pourquoi nous pouvons être reconnaissants.

Être reconnaissant, ce n’est pas seulement savoir dire merci pour les bienfaits de Dieu, pour les bonnes choses que nous recevons.

Être reconnaissant, c’est reconnaître ce que nous recevons et reconnaître de qui nous le recevons. Et laisser cette reconnaissance changer nos vies. Chez Zachée, la reconnaissance devient partage, elle devient réparation, elle devient une vie nouvelle.

Cherché

Et puis Jésus dit : « Aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison. […] Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. »

Chercher. C’est justement ce que faisait Zachée au début de notre récit. Il cherchait à voir qui était Jésus. Il avait couru, il était monté dans son arbre pour essayer de l’apercevoir.

Il pensait chercher Jésus. Et il découvre que, depuis le début, c’est Jésus qui le cherchait. Et ça, c’est la grâce.

Il y a tant de raisons d’être reconnaissants, tant de raisons de dire merci à Dieu. Mais peut-être que la plus grande est celle-ci : Dieu nous cherche.

Nous passons notre vie à chercher Dieu, à essayer de le comprendre, à nous demander qui il est, à vouloir nous approcher de lui.

Et nous découvrons, encore et encore, que lui nous a déjà vus, qu’il nous connaît déjà, qu’il nous cherche et nous appelle par notre nom.

Oui, inlassablement, Dieu cherche chacune et chacun d’entre nous.                  Amen.

Sophie Jung, pasteure