Guéris-moi de mes vieux chemins

Prédication du 11 octobre 2026 – Éphésiens 4,22-32

Pourquoi est-il si difficile de changer nos habitudes, même lorsque nous savons qu’elles nous font du mal ? Et pourquoi avons-nous tant de peine à croire que Dieu nous aime sans condition ? L’apôtre Paul nous invite à laisser l’Esprit ouvrir en nous des chemins nouveaux, pour apprendre à vivre de la grâce..

Guéris-moi, Seigneur

« Guéris-moi, Seigneur, et je serai guéri. Sauve-moi, et je serai sauvé. » C’est la prière qui nous accompagne aujourd’hui, ce verset du livre du prophète Jérémie.

Quand nous demandons à Dieu de nous guérir, nous pensons presque toujours d’abord à notre corps, à nos maladies, à nos douleurs. Et c’est bien ainsi que commence l’Évangile de ce jour. On apporte à Jésus un homme paralysé. Ses amis font tout ce qu’ils peuvent pour le placer devant lui. Et nous attendons tous que Jésus le guérisse.

Seulement, lorsque l’homme est enfin devant lui, Jésus lui adresse cette parole : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. » On a presque envie de lui répondre : « OK, merci Jésus, mais ce n’est pas exactement ce qu’on attendait de toi, là. »

Pourtant, c’est ce que Jésus affirme : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. »

Alors attention : Jésus ne dit pas que cet homme est paralysé parce qu’il a péché. C’est un raccourci qu’il ne faut surtout pas faire. Jésus ne présente pas cette maladie comme une punition de Dieu. Il finira d’ailleurs par le relever physiquement : « Lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi. »

Mais avant même que ses jambes puissent de nouveau le porter, Jésus pose une parole de guérison sur sa vie entière : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. »

Comme si l’Évangile nous invitait à élargir la question : au fond, de quoi avons-nous besoin d’être guéris ?

Des chemins que nous connaissons par cœur

Dans la lettre aux Éphésiens, Paul dit : « Renoncez à votre conduite passée, débarrassez-vous de l’être humain que vous étiez auparavant. » Et plus loin : « Laissez-vous renouveler par l’Esprit qui agit sur votre intelligence. » Et enfin : « Revêtez l’être nouveau. »

Et puis Paul devient très concret. Il parle de nos mensonges, de notre colère, de nos paroles qui peuvent faire du mal. Il parle de l’amertume, de l’irritation, des cris, des insultes, de la méchanceté. Et face à cela, il invite à la bonté, à l’affection, au pardon.

J’ai envie de traduire ce dont il parle ici par une image : l’image du chemin.

Il existe en nous de vieux chemins : des manières de réagir que nous connaissons tellement bien que nous les empruntons sans même nous en rendre compte. Quelqu’un nous blesse et nous reprenons le chemin de la colère. Nous avons peur et nous reprenons le chemin du repli. Nous savons parfaitement que certaines paroles font mal et pourtant, ce sont elles encore qui viennent les premières à nos lèvres.

Oui, il existe en nous de vieux chemins.

Pourquoi reprenons-nous nos vieux chemins ?

Et ce n’est pas seulement une jolie métaphore. Notre cerveau apprend tout au long de notre existence. À force de répéter certaines manières de réagir, elles deviennent de plus en plus automatiques. C’est très utile d’ailleurs : Heureusement que nous n’avons pas besoin de réfléchir à chacun de nos gestes, à chacune de nos réactions.

Mais la conséquence, c’est que les habitudes bien installées sont difficiles à changer. Un chemin que nous avons emprunté mille fois est plus facile à reprendre qu’un chemin que nous sommes encore en train d’apprendre.

Dans notre cerveau aussi, l’apprentissage passe par des réseaux de neurones et des connexions qui se modifient avec l’expérience. Plus certains circuits sont sollicités, plus certaines réponses deviennent faciles à retrouver, presque automatiques.

Notre cerveau est plastique : il peut apprendre et changer. De nouveaux chemins peuvent se tracer avec le temps et la répétition. Mais ça prend du temps.

Nous avons beau savoir qu’un chemin ne nous fait pas du bien, ça ne suffit pas toujours pour que nous cessions de l’emprunter.

Pourtant, nous ne sommes pas condamnés à reprendre éternellement les mêmes chemins.

Est-ce que Dieu m’en veut ?

Parmi nos vieux chemins, il y en a quelques-uns en matière de foi. Il y en a un notamment que beaucoup empruntent régulièrement. C’est ce que chemin là : Est-ce que Dieu m’en veut ?

Quand j’ai échoué, mal agi, quand je fais encore qqchose que je m’étais pourtant promis de ne plus faire, très vite vient cette pensée : « Dieu doit en avoir assez de moi. »

Est-ce que Dieu m’en veut ?

La réponse est non.

Non. Jamais.

Non car Dieu est patient. Dieu est fidèle. Son amour pour nous ne dépend pas de nous.

Ça ne veut pas dire que tout lui est égal. Dans le passage des Éphésiens de ce jour, il y a précisément un appel au changement de vie. Ce passage affirme clairement qu’il y a des comportements qui détruisent, il y a des paroles qui blessent, il y a des colères qui deviennent toxiques. Et que Dieu nous appelle à les quitter.

Pourtant, tout à la fin de son passage, Paul nous dit : « Pardonnez-vous réciproquement, comme Dieu vous a pardonné par le Christ. »

Non pas : pardonnez pour que Dieu vous pardonne.

Mais : vous avez été pardonnés. Maintenant, apprenez à vivre de ce pardon.

Dieu ne nous dit pas : « Change, et quand tu seras devenu quelqu’un de convenable, tu peux revenir, je t’aimerai. » Non. Il nous rejoint, il nous fait grâce. Et c’est à partir de là qu’un nouveau chemin devient possible pour nous.

Apprendre la grâce

Il y a quelque chose de difficile avec la grâce. Nous savons que Dieu nous aime. Nous le chantons, nous le proclamons, nous le lisons dans l’Évangile. Mais savoir que je suis aimé et vivre comme une personne aimée, ce n’est pas exactement la même chose.

Quand je rate quelque chose, quel est le chemin que je prends spontanément ? Est-ce que c’est celui de la grâce ? « J’ai mal agi. Je peux le reconnaître, demander pardon, réparer ce qui peut l’être, repartir. » Ou est-ce que c’est l’ancien chemin ? « Tu es nul. Dieu doit être drôlement déçu de moi. »

        Veillons aux chemins que nous empruntons.

Car il n’y a besoin d’aucun effort pour que Dieu nous aime. Mais parfois, il faut toute une vie pour apprendre à vivre comme des personnes qui sont aimées ainsi.

C’est pour ça que Paul écrit : « Laissez-vous renouveler par l’Esprit qui agit sur votre intelligence. »

Il s’agit de laisser l’Esprit ouvrir, petit à petit, des chemins nouveaux en nous.

Apprendre une autre manière de répondre, une autre manière de parler, une autre manière de regarder l’autre et peut-être aussi une autre manière de nous regarder nous-mêmes.

Guéris-moi de mes vieux chemins

Alors peut-être que la prière de Jérémie peut résonner autrement pour nous ce matin :

« Guéris-moi, Seigneur. »

Guéris-moi de ces chemins que j’emprunte encore alors qu’ils m’enferment. Guéris-moi de cette colère qui finit par me dévorer moi-même. Guéris-moi des paroles dont je sais qu’elles blessent et qui pourtant reviennent si vite à mes lèvres. Guéris-moi de cette manière de me condamner chaque fois que j’échoue. Guéris-moi de la peur qu’un jour tu finisses par ne plus vouloir de moi.

Et ouvre en moi un chemin nouveau.

Et lorsque je reprendrai encore mes vieux chemins, viens, par ta grâce, m’y rejoindre encore et me remettre en route.               Amen.

Sophie Jung, pasteure