Prédication du 1er novembre 2026
Matthieu 5,1-10
Pourquoi fêter la Toussaint ? Est-ce que ça fait sens quand on est protestant en 2026 ? Oui, car c’est aussi notre fête, la fête de toutes celles et ceux qui appartiennent au Christ ! À travers les Béatitudes, Jésus nous invite à porter un autre regard sur le monde et à vivre de cette grâce qui transforme nos existences.
Aujourd’hui, c’est la Toussaint ! Le 1er novembre qui tombe cette année sur un dimanche. Mais que célébrons-nous à la Toussaint ? À quoi pensons-nous quand nous voyons ce mot ? Aux cimetières, aux chrysanthèmes, au souvenir de nos morts ?
Pourtant la Toussaint n’est pas le jour du souvenir des défunts. Ça c’est le 2 novembre. C’est demain. Mais le 2 novembre n’est pas férié contrairement au 1er. Alors bien sûr, il est plus facile de se rendre au cimetière un jour férié qu’un jour travaillé. Et c’est ainsi que, petit à petit, ces deux « fêtes » se sont confondues dans nos habitudes. Pourtant, elles ne disent pas la même chose. La Toussaint n’est pas la commémoration des morts. C’est une fête ! La fête des saints. Les saints d’hier et d’aujourd’hui.
Et voilà une autre question : c’est qui les saints ? Des martyrs ? Des personnages extraordinaires, dont la vie aurait été exemplaire ? Des noms sur le calendrier ? Hier par exemple, c’était la Saint Quentin. L’Église catholique célébrait ce martyr du IIIe siècle en Picardie.
Mais est-ce qu’il y a des saints chez les protestants ? Pour répondre à cette question, il suffit d’ouvrir la Bible. Dans le Nouveau Testament, Paul écrit aux « saints » de Rome ou de Corinthe. Et lorsqu’il fait cela, il s’adresse tout simplement aux croyants de ces communautés. Des personnes ordinaires, avec leurs forces et leurs faiblesses. Des personnes qui sont saintes pas parce qu’elles ont mérité ce titre. Mais parce qu’elles appartiennent au Christ.
Alors si c’est ça, les saints ne sont pas seulement des personnages du passé, des noms inscrits sur un calendrier. Ils sont aussi ici, aujourd’hui, parmi nous. C’est vous, c’est moi. C’est aussi la petite Juliette que nous venons de baptiser ! Nous sommes saints, nous qui appartenons au Christ et aujourd’hui, c’est notre fête !
Changer de regard
Dans l’Évangile que nous venons d’entendre, Jésus regarde la foule rassemblée autour de lui. Des gens heureux et des gens malheureux, des riches et des pauvres, des bien-portants et des malades. Et d’autres encore qui ont faim et soif de justice.
Et voilà qu’il leur dit : « Heureux les humbles de cœur ! Heureux ceux qui pleurent ! Heureux les doux ! Heureux les artisans de paix ! »
Drôle de bonheur. C’est étonnant quand même ! Dans notre société, on considère plutôt comme heureuses les personnes qui réussissent, qui possèdent, qui ont du pouvoir, qui sont sûres d’elles. Jésus renverse tout ça. Il bouleverse cette manière de voir. Il nous invite à changer de regard et à le fixer sur un autre horizon : sur le royaume de Dieu. Il n’est pas en train de dire que la souffrance est bonne. Il annonce qu’elle n’aura pas le dernier mot.
Dans les Béatitudes, Jésus ne nous demande pas d’être heureux à tout prix. Les Béatitudes ne sont pas une liste de qualités à acquérir pour mériter l’amour de Dieu. Elles sont une promesse. Une promesse qui relève et console. Car le Royaume de Dieu nous ouvre un avenir même au milieu des épreuves.
Jésus incarne les Béatitudes
Et cette promesse, Jésus ne l’annonce pas de loin. Jésus lui-même vit cette promesse. Il incarne les Béatitudes puisqu’il a vécu humblement, puisqu’il a pleuré, qu’il a aimé, et relevé les autres, qu’il a cherché la justice et la paix. Jésus ne demande pas aux autres de suivre un chemin qu’il n’aurait pas lui-même emprunté. Il marche lui-même devant nous.
Ce chemin l’a conduit jusqu’à la croix. Mais Dieu l’a ressuscité. Et par sa résurrection, tout est différent. La violence, l’injustice et la mort sont encore là, nous le savons bien. Mais elles n’ont plus le dernier mot. Elles ne peuvent plus nous fermer l’avenir. Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu.
Voilà la grâce : cet amour que nous n’avons pas à mériter et que Dieu nous donne pour toujours. Nous sommes saints, non parce que nous réussissons à vivre parfaitement les paroles de Jésus, mais parce que nous appartenons au Christ vivant. Et cette grâce peut transformer nos vies.
Une fête qui déborde dans le monde
Oui, la grâce de Dieu transforme nos vies et notre manière d’habiter le monde. Accueillir cette grâce et en vivre, cela a des conséquences très concrètes. Sur notre manière de parler à nos proches, à nos collègues, à nos voisins. Sur notre manière de consommer, de manger, de nous déplacer, d’utiliser notre argent et notre temps. Sur notre manière aussi de regarder le monde et la société, de nous informer, de prendre position, de voter.
Il n’y a pas de recette toute faite. Mais si nous ouvrons nos Bibles, nous voyons bien ce qui est au cœur de la vie à laquelle Jésus nous appelle : la justice, la miséricorde, la paix, l’amour du prochain, la dignité de chaque être humain, l’accueil de l’étranger, le soin de la création que Dieu nous a confiée. La direction est donnée. Nous avons des repères pour discerner ce qui est fidèle à l’Évangile et ce qui s’y oppose.
Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027, notre Union d’Églises, l’UEPAL, vient justement de lancer une campagne intitulée « Tout un programme ». Elle veut rappeler que notre fidélité à l’Évangile engage aussi nos choix de citoyens. Il y a des discours de haine, d’exclusion ou de discrimination que nous ne pouvons pas considérer comme compatibles avec l’appel du Christ, avec l’esprit des Béatitudes.
Pour montrer comment cette fidélité à l’Évangile peut se vivre concrètement, l’UEPAL publie une série de dix portraits de protestantes et de protestants qui racontent comment leur foi nourrit leurs engagements. Chaque portrait s’appuie sur une parole biblique : avoir faim de justice, accueillir l’étranger, prendre soin de la création, rechercher la paix…
Ces engagements associatifs, solidaires, politiques sont précieux. Mais Dieu ne nous appelle pas toutes et tous à nous engager de la même manière. Et ces dix personnes ne sont pas des personnes exceptionnelles qu’il faudrait admirer. Ce pourrait être chacune ou chacun d’entre nous. Car l’enjeu est le même dans nos engagements visibles ou discrets : vivre l’Évangile là où nous sommes.
Voilà la sainteté : laisser la grâce de Dieu façonner notre manière de vivre dans le monde.
Juste après les Béatitudes, Jésus dit à ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde. » Il ne dit pas « Devenez cette lumière » mais « Vous l’êtes ». Dans nos gestes et nos paroles, même les plus simples, quelque chose de la bonté et de la tendresse de Dieu peut être révélé.
Et lorsque nous n’avons plus la force d’avancer, lorsque la peine nous submerge, nous ne cessons pas d’appartenir au Christ. Il demeure avec nous. C’est là notre joie, celle que nous fêtons aujourd’hui. Une joie que rien ni personne ne peut nous enlever.
Qu’elle nous accompagne au long des jours, et qu’elle déborde, doucement, dans ce monde que Dieu aime. Amen.
Sophie Jung, pasteure
